LACORDAIRE (H. D.)

LACORDAIRE (H. D.)
LACORDAIRE (H. D.)

LACORDAIRE HENRI DOMINIQUE (1802-1861)

Fils d’un ancien médecin de la marine, Henri Lacordaire fit ses études au lycée puis à l’école de droit de Dijon, et devint avocat stagiaire à Paris en 1823. Il se convertit en 1824 et entra presque aussitôt au séminaire d’Issy. Ordonné prêtre le 22 septembre 1827, nommé chapelain de la Visitation (févr. 1828) puis second aumônier du lycée Henri-IV (1829), il entretenait en lui sans relâche l’ambition d’agir sur l’opinion publique, ambition qui s’était éveillée depuis son entrée (1821) dans la Société d’études de Dijon.

Après les journées de Juillet, l’abbé Lacordaire est, avec le comte de Montalembert, le plus engagé des collaborateurs de Lamennais dans la fondation du journal L’Avenir et dans les campagnes d’opinion qui lui font suite, principalement celle sur la liberté d’enseignement. Il ouvre une école libre à Paris en mai 1831, malgré les lois, provoquant ainsi un procès à grand retentissement. Après la suspension de L’Avenir (15 nov. 1831) consécutive à la réserve grandissante de l’épiscopat, il entraîne Lamennais et Montalembert à Rome pour solliciter un jugement. À la suite de la condamnation (encyclique Mirari vos du 15 août 1832) et de leur lettre commune de soumission (11 sept.), Lacordaire revient à La Chênaie auprès de Lamennais, mais rompt avec lui le 11 décembre 1832.

Ayant repris ses fonctions de chapelain à la Visitation, il est sollicité en janvier 1834, spécialement par Frédéric Ozanam, pour donner des conférences aux élèves du collège Stanislas. Le public s’élargit, et bientôt Mgr de Quelen, archevêque de Paris, le prie de poursuivre ces conférences à Notre-Dame (carêmes de 1835 et de 1836). Lacordaire n’avait pas attendu ce succès pour prendre publiquement ses distances à l’égard de son ancien maître (Considérations sur le système philosophique de M. de Lamennais , juin 1834). Gêné par les suspicions dont il continue d’être l’objet, il décide d’interrompre les conférences et se retire à Rome (mai 1836). Il y rédige, pour répondre aux Affaires de Rome de Lamennais, sa Lettre sur le Saint-Siège , dont il différera la publication jusqu’à la fin de 1837. Pendant l’hiver de 1837-1838, il reprend à Metz son activité de conférencier.

En septembre 1838, Lacordaire annonce publiquement son intention, mûrie depuis plusieurs mois, de rétablir en France l’ordre dominicain. Après avoir publié, le 3 mars 1839, un Mémoire pour le rétablissement en France de l’ordre des frères prêcheurs , frère Henri Dominique prend l’habit à Rome le 9 avril 1839. Aussitôt profès (12 avr. 1840), il entreprend de grouper et de former quelques frères français; il inaugure publiquement son action en France en prêchant à Notre-Dame de Paris, le 14 février 1841, vêtu de son habit religieux, sur la «vocation de la nation française»; il reprend ainsi les thèmes chers aux disciples de J. P. Buchez, parmi lesquels il a trouvé ses premières recrues. L’œuvre des conférences se poursuit en plusieurs grandes villes de province en même temps qu’à Notre-Dame. La restauration dominicaine s’étend par la fondation de plusieurs couvents: Nancy, en 1843; Chalais (Isère), en 1844; Flavigny (Côte-d’Or), en 1848; Paris (l’actuel séminaire des Carmes), en 1849... En 1848, Lacordaire fonde le journal L’Ère nouvelle et siège comme député de Marseille à l’Assemblée constituante. Démissionnaire de son mandat après la journée du 15 mai 1848, il quitte la direction de L’Ère nouvelle en septembre.

Dominicain, il s’est tourné également vers l’éducation de la jeunesse en acceptant la direction d’un collège à Oullins, près de Lyon (juill. 1852), puis à Sorèze (1854), où il résidera jusqu’à sa mort.

S’étant mis volontairement à l’écart de la vie publique à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851, qui lui paraît une menace directe contre toutes les libertés pour lesquelles il a combattu, Lacordaire reprend un intérêt actif aux problèmes d’opinion lorsque quelques libéraux de ses amis donnent un nouveau départ au Correspondant (1856). Au plus fort des remous suscités par l’attitude de Napoléon III devant les problèmes de l’unité italienne et du pouvoir temporel de Pie IX, il intervient par une retentissante brochure: De la liberté de l’Italie et de l’Église , en février 1860. Son élection, ce même mois, et, l’année suivante (24 janvier), sa réception à l’Académie française constituent à ses yeux une nouvelle victoire de la liberté de la foi.

Dans les semaines précédant sa mort, Lacordaire esquisse une sorte d’autobiographie en dictant une notice sur le rétablissement de l’ordre dominicain en France, publiée ensuite par Montalembert comme un Testament ; l’œuvre est inachevée. Plus que par ses autres écrits, c’est dans sa correspondance que Lacordaire se révèle. La publication intégrale n’en a pas encore été faite.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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